MWIZERO / Maison Shalom International

Accompagnement des étudiants universitaires burundais réfugiés au Rwanda

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Témoignages

Témoignage d'un étudiante bénéficiant de l'appui de la Maison Shalom pour la poursuite de ses études universitaires à Lyon.

"Très chère OMA

Bonjour de Lyon, vous allez bien ? En tous cas nous allons bien.

En effet je vous écris  pour vous remercier, il n'y a pas de mot adéquate pour vous témoigner ma profonde gratitude, vraiment merci, merci du fond du cœur.

Comme vous le savez c'est pas du tout facile de quitter du jour au lendemain sa routine, sa famille, ses amis, sa patrie. Et tout cela en y étant forcé parce que rester c'était carrément suicidaire. Je voyais tant de haine et de violence, tant de tristesse dans les yeux de certains. Le désespoir dans les yeux des mères voyant leurs fils tombés les uns après les autres comme des mouches. Les pères qui se forçaient à rassurer leur familles mais on pouvait sentir la peur qui les rongeaient tel un cancer lentement mais surement. Avant quand je marchais dans la rue je marchais droit fier de moi, de mon identité, fier de ma taille élancée. Mais après quand je marchais j'essayais de me faire tout petit pour ne pas être remarqué mais en vain mon mètre quatre-vingt-huit ne me le permettait pas. Du coup quand je sentais qu'on me regardait j'avais quelques gouttes de sueurs. Je me souviens que la joie de vivre qui avait bercé mon enfance avait laissé place à la puanteur horrible qu'est la peur.

Le jour où mon grand frère s'est fait arrêter à la sortie de ses cours à l'université, c'était un cauchemar. Vu le nombre des gens qui disparaissaient et ne refont plus jamais surface on s'est dit que voilà s'était notre tour. Mais le bon DIEU a répondu à nos prières nous l'a rendu sain et sauf. Mon père nous a tous réuni et nous a dit : il est grand temps que vous partez loin d'ici. Cette fois dieu nous a souri, mais qui sait ce qui va se passer après? Ne tentons pas le diable. Cette nuit-là ma mère n'arrêtait pas de pleurer.

Arrivés au Rwanda, ce fut un soulagement.ca m'a pris un moi pour pouvoir enfin dormir comme avant, il m'arrivait de me réveiller en sursaut tout dégoulinant de sueur et mon jumeau qui dormait près de moi se lever et allumait la lumière et me disait tu sais ou on est ? et il me montrait la carte qui était au-dessus du lit, il me disait on est là en pointant le doigt sur la carte. On est trop loin d'eux maintenant essaie de dormir plutôt. Ce petit rituel a durait un bon bout de temps. Par après on a commencé à chercher quelque petit boulot pour pouvoir vivre, parce que la vie y est plus chère qu'au Burundi.

Durant tout ce temps je n'arrêtais pas de penser à mes études que j'avais quitté et au fait que peut être plus jamais je n'en ferais. Mais je me consolais en me disant l'essentiel c'est que je sois en vie le reste viendra ou pas je m'en fou.

Et c'est là que vous êtes apparue dans ma vie tel un être de lumière venu m'éclairer dans l'obscurité ou j’étais. Au début c'était les cours d'anglais je n’arrivais pas à croire que quelqu'un puisse me faire un tel cadeau. J'y allais avec une telle joie, j'y rencontrais d'autres jeunes burundais comme moi, des compagnons d'infortunes. On se racontait nos misères on compatissait et des fois on en riait. Ca nous réchauffait le cœur.

Le jour où on m'annonça que j'allais pouvoir continuer mes études à Lyon, c'était hallucinant. Je n’arrivais pas à y croire tellement ça me paraissait trop beau pour être vrai.

Des jours ont passé et le rêve devenait réalité bout par bout.

Le jour où je vous ai rencontrée, j'étais hyper impressionné! Je vous regardais et je me disais c’est un ange. Je me suis rapproché et j'ai vu que vous respirez comme nous autres. Vous étiez resplendissante, le sourire qui quittait pas vos lèvres, la gentillesse. Ca m'a fait un bien fou telle une bouffée d'air frais.

Et nous voilà, à Lyon, bien entouré. La famille qui m'a accueilli est très gentille avec moi. En tous cas mon compte de fée continue, je passe de bonne surprise en bonne surprise tout ça grâce à vous.

Grâce à vous je recommence à croire en la bonté du genre humain. Maintenant, j'ai recommencé à rêver à un monde meilleur que dis-je à un Burundi meilleur. Et tous ça grâce à vous vraiment merci à vous et merci à toute l'équipe Maison Shalom. Actuellement je ris je rêve et j'aspire à un lendemain meilleur sans craintes; et tous ca grâce à vous ! Que DIEU vous rende le centuple ce que vous faites pour nous."