Hôpital REMA / Maison Shalom

Burundi
2006 - Permanent
Education, Santé
Mise en œuvre et fonctionnement d’un hôpital de référence à Ruyigi - Province défavorisée située à l’est du Burundi

Project Content and comments

Description

L’hôpital REMA se situe au cœur même d'une région dont les habitants sont démunis. Une situation qui impose une assistance particulière pour pouvoir répondre aux différents problèmes de santé engendrés par la pauvreté.

La raison d’être de l'Hôpital REMA trouve son origine dans la logique globale de l’objectif que la Maison Shalom s’est assigné : «Mettre tout en œuvre pour qu’il n’y ai plus d’orphelins générés par la guerre ou les maladies».

Les deux principales missions de l'Hôpital REMA sont de :

  • prodiguer des soins de santé de qualité, accessibles à toute la communauté, particulièrement aux personnes démunies;
  • contribuer à l’amélioration continue de la santé et du bien être de la communauté, offrir un cadre de développement humain et de formation continue à chaque membre du personnel ainsi qu’à tous les professionnels de la santé.

 

Contexte _ Un projet d'excellence suscitant une collaboration durable

La création de l’hôpital s’inscrit dans le contexte plus large de la Maison Shalom, vaste programme de développement initié par Marguerite Barankitse à partir de 1993. Véritable Mandela au féminin, celle que l’on nomme Maggy a consacré sa vie aux milliers d’orphelins victimes des violences intercommunautaires et de la guerre civile qui a ravagé le Burundi dès 1993 ; la mission actuelle de la Maison Shalom consiste à défendre et à promouvoir les droits de l’enfant afin que chaque enfant du Burundi vive dignement dans un climat familial et communautaire propice à son épanouissement.

Marguerite Barankitse avait 37 ans lorsque la guerre civile a éclaté au Burundi en 1993. De cette époque jusqu’au début des années 2000, le conflit entre Tutsis et Hutus aurait fait plus de 800.000 victimes. Maggy a survécu à cette période tragique et elle a sauvé de très nombreux enfants dans sa région, proche de la Tanzanie, mais aussi à travers tout le pays. Aujourd’hui, Maggy se déclare la maman heureuse de 20.000 enfants ! L’action de Maggy Barankitse et les œuvres de la Maison Shalom ont été reconnues par la communauté internationale ; de nombreux prix et distinctions lui ont déjà été décernés, parmi lesquels la Médaille de défenseur des droits de l’homme (gouvernement français, 1998), Prix Nobel des Enfants par la Reine Sylvia de Suède (2003), Docteur Honoris Causa de l'Université de Louvain-La-Neuve (2004), Distinction Nansen pour les Réfugiés par le UNHCR (2005), Opus Prize par la Seattle University (Etats Unis, 2008), Prix de la Fondation Chirac (lauréate 2011), etc.Les appuis à la Maison Shalom ont débuté en 2007, la FJFP ayant été convaincue par Marguerite Barankitse de la nécessité de mettre en place une structure médicale dédiée en priorité à « la mère et l’enfant », offrant un service à la fois régulier et de qualité dans un contexte de grande pauvreté et de carence pour ce type d’attention.

 

Réalisations et résultats

La FJFP fut l’un des bailleurs principaux de la construction de l’hôpital. Son intervention s’est tout d’abord concentrée (2007 et 2008) sur l’établissement de voiries, la mise en place de la maternité, de la pédiatrie et de la médecine interne. Elle a permis aussi à l’hôpital d’acquérir un équipement de radiographie. Elle a en outre contribué à différents appuis techniques ; c’est ainsi que la cellule « Energy Assistance » du groupe Suez (animée par des ingénieurs retraités et bénévoles) est à plusieurs reprises intervenue, soutenue par la FJFP, pour la mise en place d’équipements électriques.Dès 2008, la FJFP a soutenu des voyages de médecins, d’infirmières et de techniciens spécialisés envoyés pour former les équipes médicales de l’hôpital ; cette activité se poursuit jusqu’à ce jour. De 2008 à 2010, la FJFP a contribué, en partenariat avec l’ONG ACTEC et le Gouvernement belge (cofinancement ONG), à la construction de l’école paramédicale Saint Michel, destinée à former des infirmier(ère)s, notamment pour répondre aux besoins en personnel spécialisé pour l’hôpital ; cette école, inaugurée à la rentrée 2010, fait partie intégrante du complexe médical de l’Hôpital Rema.De 2010 à ce jour, la FJFP contribue à la prise en charge de frais de fonctionnement, notamment de salaires d’infirmiers et de médecins, ces postes restant difficiles à financer dans le cadre de projets classiques de coopération, ceci dans l’attente et l’espoir d’une prise en charge plus globale des frais de personnel par le Ministère de la Santé du Burundi.Constatant la grande difficulté à assurer le financement dans la durée d’une telle infrastructure médicale, et afin de soutenir les efforts de Marguerite Barankitse dans sa quête de fonds, une asbl de droit belge, initialement « Maison Shalom Belgium » devenue en 2014 « Maggy’s Action », a vu le jour durant l’année 2011. L’objet principal de cette association est de promouvoir la Maison Shalom en Belgique et à l’étranger, mais surtout de rechercher et de coordonner des subventions et des partenariats publics et privés à l’adresse du Burundi.

En outre, en 2014, un projet de forage d’eau (étude + réalisation), en vue de diminuer la consommation d’énergie de l’Hôpital Rema, a été réalisé. Et pour 2015, la mise en place d’un système de gestion informatisée de l’hôpital, permettant de renforcer la gestion des ressources et des patients, est prévues.

Malheureusement, l’actualité en a décidé autrement.

Depuis fin avril 2015, et malgré de multiples tentatives nationales et internationales en faveur d’un retour à la paix, le Burundi est secoué par une crise politique et sécuritaire majeure, terrorisant chaque jour la population civile et faisant craindre un nouveau génocide.

Cette situation a provoqué un grand mouvement de réfugiés vers les pays voisins, en particulier le Rwanda, la Tanzanie et la RDC. On dénombre actuellement plus de 250 000 réfugiés burundais dans différents camps. Au Rwanda spécifiquement, le camp de Mahama (à l’Est du pays) compte actuellement 51.555 réfugiés et Kigali en accueille environ 26 400. Plus de 60% de ces réfugiés burundais sont des jeunes âgés de 1 à 25 ans.

Faisant partie des 10 Organisations de la Société Civile Burundaise suspendues par le pouvoir en place à Bujumbura car accusée d’être « actrice du mouvement insurrectionnel », la Maison Shalom a vu ses biens confisqués par les autorités (infrastructure réquisitionnée (dont l’Hôpital Rema _ et compte en banque gelé) et son personnel, menacé et poursuivi, a été obligé de quitter le pays. Apolitique de par ses statuts, la Maison Shalom n’a commis aucun acte insurrectionnel et est persécutée par le régime en place pour avoir demandé le respect des droits de l’Homme et des normes démocratiques en vigueur afin de ne pas ethniciser le conflit burundais et éviter toute forme de génocide.

Actuellement présente au Rwanda, où elle est reconnue comme ONG internationale depuis septembre 2015, elle y a recentré ses actions en faveur des réfugiés, en particulier les jeunes et les femmes, et y développe essentiellement 3 projets : (1) appui et soutien psychologique aux réfugiés, (2) relèvement économique des familles, (3) éducations des enfants non accompagnés de bas âge et des jeunes, et la formation des étudiants du supérieur (universitaire & professionnel).

La Fondation JFP a soutenu l’installation de la Maison Shalom au Rwanda et appuiera, en 2016, le volet « formation des étudiants du supérieur ».

 

L’hôpital Rema aujourd’hui

Avec une capacité de 110 lits, l’hôpital Rema dessert la population de la province de Ruyigi et celle de plusieurs provinces avoisinantes. Il a pour objectif de prodiguer des soins de santé de qualité accessibles à toute la communauté, et particulièrement aux personnes les plus démunies. Structure agréée, il met en pratique la politique gouvernementale de la gratuité des soins pour les enfants de moins de 5 ans ainsi que pour les femmes enceintes et lors de l’accouchement. Il comporte un centre de protection maternelle et infantile, une école paramédicale, et l’hôpital proprement dit, ces différentes activités constituant l’axe « socio-médical » de la Maison Shalom. L’hôpital emploie quelque 126 personnes parmi lesquelles six médecins et une cinquantaine d’infirmier(e)s. Il est le seul, dans la région est du Burundi à disposer d’un service de néonatologie ; il dispose d’un bloc opératoire bien équipé et fonctionnel qui en fait un centre de référence. La FJFP est, rappelons-le, un des rares partenaires contribuant de manière régulière au fonctionnement de l’Hôpital, compte tenu des manquements des instances gouvernementales burundaises.

En 2014, le Ministère de la Santé a classé l'EPM St Michel comme première Ecole paramédicale au niveau de tout le Burundi du point de vue infrastructure, équipement et qualité d'enseignement.

Hors de toute considération justifiée, le Gouvernement du Burundi a, en novembre 2015, ordonné la suspension de la Maison Shalom et de toutes ses activités. L’Hôpital a donc été fermé et tous les employés mis au chômage. En février 2016, les autorités locales ont réquisitionné l’Hôpital et l’ont ré-ouvert de force, un nouveau directeur a été nommé. La Maison Shalom, seule propriétaire de l’Hôpital, a fermement dénoncé cette appropriation illégale.

 

Durée de(s) intervention(s) et Localisation

La Maison Shalom a été le premier projet soutenu par la Fondation, dès 2007. Aucune limite de durée n’a été fixée en l’occurrence, s’agissant d’un vaste programme comportant de multiples ramifications, dont l’hôpital constitue le volet central ; les interventions sont cependant ciblées et cadrées (en moyens et en temps) et répondent systématiquement à des besoins exprimés par les responsables de la Maison Shalom.

Capitale de la province éponyme, la ville de Ruyigi se situe dans le centre-est du Burundi, à environ deux heures de route de la frontière tanzanienne et à trois heures de Bujumbura.

 

Bénéficiaires

La Maison Shalom n’est pas un projet en soi, mais bien un message de « pardon et de réconciliation ». Née au milieu des tourments de la guerre qui a éclaté en 1993, elle avait pour ambition de sauver le plus grand nombre possible d’enfants victimes des évènements tragiques, dire «non» à la guerre fratricide et dire «oui» à l’amour fraternel. L’hôpital Rema a ainsi été créé prioritairement en faveur de « la mère et l’enfant ». Un élargissement s’est progressivement et naturellement opéré en faveur des familles et des communautés locales dans leur ensemble. 

 

Partenaires

La Maison Shalom est une association sans but lucratif, de droit burundais, créée en 1993 à l’initiative de Marguerite Barankitse. Son objet est de « bâtir un monde où il fait bon vivre » ; elle s’occupe principalement de l’encadrement de l’éducation, de la réinsertion socio-culturelle et économique des orphelins et autres enfants vulnérables ; elle a aussi pour vocation de promouvoir la santé dans une perspective de développement intégré.

Perspectives

2015 _ Le financement des soins de santé constitue un problème crucial et difficile à résoudre dans un contexte de grande pauvreté, raison pour laquelle la Maison Shalom souhaite, d’une part, investir dans la mise place d’une grande coopérative agroalimentaire, source de revenus pour les paysans, et, d’autre part, dans la création d’une mutuelle de santé (avec un objectif de pérennisation).

2016 _ Dans le contexte d’instabilité actuel, les perspectives sont difficiles à définir. Il est certain que le souhait de tous est que cette situation prenne fin le plus rapidement possible. La Maison Shalom entend ainsi soutenir les réfugiés burundais à garder courage et détermination malgré la crise traversée, tout en les préparant à un retour constructif au pays. En facilitant l’accès à la formation et la possibilité de bénéficier de microcrédits, la Maison Shalom veut diminuer le risque de désœuvrement des familles et de la jeunesse réfugiées, et renforcer les capacités de celles-ci à être acteur de changement dans la reconstruction future du Burundi.

 

Témoignage du Dr Thierry MAKO, directeur de l’hôpital Rema

« La présence de l’Hôpital Rema dans une région qui, autrefois, n'avait pas de recours pour les soins a nettement amélioré la qualité de vie de la population de la région de l'Est grâce aux concours de la Fondation Jean-François Peterbroeck ». « Par tous les apports tant matériels que techniques, par toutes les formations diversifiées dont ont bénéficié les médecins et les infirmiers, l'Hôpital REMA a atteint en moins de 4 ans un niveau de référence régional, en témoignent les transferts venant des autres hôpitaux de la région ». « L'Hôpital REMA est aujourd'hui parmi les plus fonctionnels du Burundi ».

Témoignage d’Aïsha, maman séropositive, patiente de l’hôpital Rema.

 Le 24 avril 2006, Aïsha  séropositive a mis au monde deux jumelles Ada et Aïda. Voilà comment elle raconte la reconnaissance qu’elle a de la part de la Maison Shalom sur l’état actuel de ses deux jeunes filles saines et sauves.

« C’était juste au début du programme de la Prévention de la Transmission de la Mère et de l’Enfant PTME et  je trouvais les théories de pouvoir mettre au monde un enfant non infecté utopiques. Pour ma grossesse de jumeaux, en plus, je ne pouvais pas du tout le croire. Voilà alors qu’un beau matin du 24 avril 2006, le Docteur me recommanda la préparation du bloc opératoire pour me faire une césarienne, pratique qui était encouragée ce temps-là pour la protection des enfants à la naissance. Au moment où je retrouvais la conscience, le Dr a invité ma belle mère et mon mari pour leur expliquer que je ne devais pas du tout  allaiter mes enfants  pour plus de protection et qu’il fallait que je leur donne du lait artificiel. Au souci de ne pas avoir des moyens pour  nous procurer de ce lait, Le Docteur a dit que la maison Shalom pourra nous en donner.  

Avec beaucoup d’hésitation, on est allé demander,  muni d’un papier médical et on a été servi très spontanément. Mes enfants n’ont jamais souffert de faim ni d’aucun problème particulier car le Centre de la Protection de la Mère et de l’Enfant s’est occupé suffisamment de ma situation. Voilà qu’en novembre 2007, à 18 mois de mes enfants, on leur a fait un test d’analyse et on a trouvé un résultat négatif. Chose très incroyable. J’ai refais l’examen 3 fois pour me rassurer et actuellement mes enfants ont 6 ans. Elles vont déjà à l’école et sont très bien portantes.  Ainsi, toutes mes grandes reconnaissances sont adressées à la Maison Shalom via le centre hospitalier REMA qui n’a ménagé aucun effort pour le bien être de mes enfants. »

Témoignage de Goreth, maman de Triplés, patiente de l’hopital Rema

« Après avoir appris que j’avais une grossesse de tripplet, j’ai perdu presque ma tête  et tout le monde s’étonnait en me voyant. D’abord je croyais que c’était la mort immédiate car je n’esperais pas pouvoir mettre au monde trois enfants. Par la providence divine et le personnel compétent de l’hôpital REMA, j’aurais eu la chance d’avoir tous les trois enfants en bonne santé.  Alors, comment les nourrir avec le faible revenu familial. C’est pour moi, une occasion incontournable pour exprimer une grande satisfaction auprès de ce complèxe centre hospitalière REMA. Je crois que moi et mes enfant sommes les seules à avoir gagné tellement d’avantage à la Maison Shalom depuis son existence. Mes enfants sont aujourd’hui de bonne santé et jolis. Mon désepoir est devenu aujourd’hui mon espérance ».